Jeunesse

Concours : Lire et écrire l’Afrique

Publié le Mis à jour le

En partenariat avec les Lyriades de la langue française, L’Institut EBENA propose aux établissements du secondaire du Maine-et-Loire, dans le cadre du Salon du Livre Africain d’Angers, une action d’écriture intitulée « Lire écrire l’Afrique ».
Cette action est validée par le comité des 
Lyriades-Jeunesse.

Le concours – règlement

Objectifs :
Le but est de faire entrer les jeunes dans l’univers de la création littéraire, trop souvent considéré comme un monde réservé aux écrivains. Ils seront amenés à s’ouvrir à une meilleure connaissance de l’Afrique à travers des textes (contes, romans, etc.) et à écrire leur propre histoire inspirée de cette expérience.

Déroulement de l’action
1re étape : le thème d’écriture
Le professeur propose aux élèves un conte africain, un roman ou un extrait de roman. Les textes peuvent être choisis parmi les œuvres au programme de français ou non, pourvu qu’ils évoquent et impliquent l’univers et des personnages africains et qu’ils soient accessibles aux jeunes lecteurs.
Pour les membres du jury, il est demandé à l’enseignant d’indiquer le texte qui a été proposé aux élèves et qui leur a servi de base d’inspiration. Un résumé du texte fourni en annexe sera recommandé.

2e étape : visite d’un écrivain
Un membre organisateur du Salon du Livre Africain d’Angers sera disponible en Maine-et-Loire pour intervenir dans les classes inscrites pour un échange avec les élèves et leur enseignant (sur les thèmes du métier d’écrivain, des techniques d’écriture et du monde de l’édition…).

3e étape : Écriture
L’enseignant fera son planning du travail d’écriture des élèves en tenant compte des autres contraintes de son programme de français. En cours de travail, il pourra à tout moment contacter le responsable du projet à l’Institut Ebena pour tout complément d’aide et d’accompagnement.

Modalités
- Inscription : date limite le 
31 décembre 2015 (afin de faciliter le calendrier des interventions dans les classes, il est souhaitable de manifester votre intérêt le plus tôt possible).
- Envoi des textes : jusqu’au 
20 mars 2016
- Proclamation des résultats : à partir du 
20 mai 2016, dans votre établissement, lors d’une cérémonie organisée par votre établissement.

Règlement
Le concours est ouvert aux collèges (Classes : de la 6eme à la 3eme).
Seuls les textes des classes respectant les critères suivants seront pris en considération :
- Le texte s’inspire de près ou de loin et sans ambiguïté de l’œuvre originale.
- Chaque classe enverra le texte de chaque élève, sous format numérique (open office writer ou Word).
- Les textes individuels ne doivent pas excéder 2 pages (format A4, en traitement de texte, taille 12, interligne 1,5). L’élève indiquera bien le personnage dont il s’est inspiré.
- Les textes seront anonymes (ex. : initiale de l’établissement + n° de l’élève). Une liste récapitulative (open office writer ou Word) sera jointe à l’envoi des textes.
Télécharger le bulletin d’inscription

Prix
Un diplôme sera remis aux meilleurs textes de chaque classe, et les autres participants recevront une attestation de participation au concours.

L’Atelier Canopé rend disponible au prêt un fonds d’une cinquantaine d’ouvrages de littérature de jeunesse africaine, constitué à l’occasion des précédentes éditions de l’action « Lire et écrire l’Afrique en langue française » :

- consulter sa page consacrée à l’action « Lire et écrire l’Afrique en langue française ».

La remise des prix

Le concours « Lire et écrire l’Afrique » 2014-2015, co-organisé par les Lyriades de la langue française et l’Institut Ebena, avec le soutien du Rectorat de Nantes et des éditions Dapper, a connu son temps fort le jeudi 18 juin 2015.

C’était la remise des prix au collège Jacques Prévert de Châteauneuf sur Sarthe, où 24 élèves de sixième, de jeunes « auteurs » très motivés devaient, sous la conduite de leur professeur Mme Sophie Longerna, écrire une histoire de leur crû en s’inspirant d’un conte de l’écrivain africain Birago Diop, « Le salaire », une satire contre les abus de pouvoir. Après avoir décrit les grandes étapes du projet, Mme Longerna a cédé sa place à Victor Bouadjio et au musicien et poète Clément Bodar, de Bonneville (Haute-Savoie), invité par Ebena pour animer la cérémonie. Victor Bouadjio (membre du jury) a longuement souligné la qualité des textes produits et, après avoir transmis les félicitations de Jean-Luc Jaunet (autre membre du jury), empêché, il s’est effacé devant l’animateur. Et Clément, avec sa guitare, a mis le feu à la fête. Dès les premières notes de Armstrong de Claude Nougaro, claquements de mains spontanés des jeunes « auteurs ». Et à « Chante, chante, ça tient chaud », la classe tout entière s’est levée comme un seul homme et s’est mise à danser. Tout s’est conclu par une sympathique dégustation de gâteaux, pâtisseries et boissons offerts par le service animation du collège ou apportés par les élèves.

Publicités

Mange tout le monde !

Publié le Mis à jour le

Mange tout le monde

MANGE TOUT LE MONDE !


Les menus proposés ou suggérés par l’EPARC, l’Établissement Public Angevin de Restauration Collective qui élabore les repas pour toutes les écoles de la Ville d’Angers et pour de nombreux autres clients, font régulièrement la part belle à des plats de toutes régions, de tous pays.
Pour partir à la découverte de ces mets et mots de cuisine, d’ici et d’ailleurs, pour voyager avec eux et connaître leur histoire, un partenariat original a été mis en place entre l’EPARC et l’association « Les Lyriades de la langue française ».
Le président de cette dernière, Jean-Luc Jaunet, choisit ainsi dans les menus de la Semaine de la langue française et, plus largement, dans ceux du mois de mars, des mots exotiques ou riches d’histoire.
Il rédige alors sur chacun d’eux un petit texte, dans un style accessible à tous, où les éléments linguistiques, historiques, culinaires sont présentés avec humour et une certaine fantaisie verbale.
Ces textes sont ensuite régulièrement mis en ligne sur le site de l’EPARC, à destination des familles et des autres usagers.
Voici quelques-unes de ces belles et succulentes histoires de mots de cuisine.

MESCLUN :
L’histoire de ce mélange (mesclun = mélange ? en provençal) de salades est plutôt curieuse. Ce seraient des moines d’un monastère de Nice qui au XIXe siècle auraient eu l’idée (mais que n’ont pas inventé les moines ?champagne, fromages, liqueurs…) de semer ensemble plusieurs espèces de graines. Quand ils dédoublaient les pousses dans leurs semis, ils offraient les plants arrachés à leurs bienfaiteurs et aux pauvres, qui les assaisonnaient pour les manger, comme ce mélange de jeunes feuilles dont on fait encore toute une salade aujourd’hui !

CURRY :
Avec lui, ce sont toutes les cargaisons d’épices venant de l’Inde qui arrivent dans notre assiette. Chaque région, chaque cuisinier de cet immense pays avait et a encore sa propre recette de sauce (curry = carri (sauce dans la langue tamoul)), mais lorsque les anciens soldats et colons de l’empire britannique sont rentrés en Angleterre, ils ont souhaité continuer à manger comme là-bas. On a donc créé en Occident, en le baptisant curry, un mélange d’épices comprenant cumin, coriandre, fenugrec, piment rouge et curcuma. On l’utilise pour cuisiner un ragoût de viande, de poisson ou de légumes, lui-même appelé curry… et c’est délicieux !

GOULASH :
Le mot, c’est vrai, ne sonne pas très bien. Il commence par un goule, pas très attrayant, et finit en éclaboussure : splash ! Il a en plus trois orthographes possibles, goulach, goulasch ou goulash. Et, pour ajouter du piquant, si on peut dire, il peut être féminin ou masculin, même si c’est ce dernier qui l’emporte selon l’Académie.
C’est en fait un pauvre qui a réussi à s’imposer chez les riches. À l’origine, c’est en effet un plat de gardiens de vaches, de bouviers ( = sens de gulyάs, en hongrois) qui, dans la grande plaine de Hongrie mettaient à mijoter sur un feu de bois, dans un grand chaudron, du boeuf, des légumes et des épices, dont le fameux paprika qui donne sa couleur rouge au plat. C’était si bon que le plat est entré dans la cuisine bourgeoise, est maintenant considéré comme le plat national hongrois, a gagné toute l’Europe centrale… et même les cantines de l’EPARC !

GOUDA :
Comme, en France, le camembert est originaire de la ville normande de Camembert, le très odorant munster de la cité alsacienne de Munster, etc. ; le gouda (en néerlandais, Goudse kaas) est le fromage de Gouda, un petit port du sud des Pays-Bas, C’est le plus connu et le plus consommé des fromages de ce pays. Originellement fabriqué à partir de lait de vaches de race Prim’Holstein (celles qui sont en blanc et noir !), il est facilement reconnaissable grâce à la pellicule de paraffine qui l’entoure, blanche, jaune, orange ou rouge selon le lieu de fabrication. Le gouda peut actuellement être produit partout au monde, mais garde toujours cette pâte tendre, ferme et ce goût très doux, que les enfants adorent.

RAVIOLIS :
Chacun connaît ces petits chaussons, ces petits carrés de pâte remplis d’une farce généralement à base de viande, mais aussi de légumes ou de fromage. On les trouve en fait dans toutes les cuisines du monde, beaucoup en Asie, et en Italie bien sûr. Sans doute introduits par les Arabes, ils faisaient dès l’Antiquité les délices des Romains et des Grecs, et un livre de cuisine perse du Xe siècle en donne déjà plusieurs recettes. Si le mot désigne à l’origine « quelque chose de petite valeur » (rabiole en dialecte gênois), il faut bien reconnaître qu’il y a maintenant beaucoup d’amateurs de ces petites bouchées gourmandes, dans lesquelles on peut faire beaucoup de bonnes farces.

SALADE ICEBERG :
Toutes les mamans qui font leur marché de frais une fois par semaine apprécient cette salade bien pratique, puisqu’elle se conserve aisément un grand nombre de jours et reste particulièrement croquante. Mais pourquoi ce nom de « montagne de glace » (iceberg en anglais) pour cette simple laitue pommée ? C’est qu’elle aime beaucoup le froid. Cultivée jusqu’à la fin des années 80 presque exclusivement en Amérique du Nord, on l’acheminait par train jusque sur la côte Est en la conservant sous des couches de glace. Elle est cultivée en France depuis 1987, mais elle a gardé son nom venu du froid !

BOULGOUR :
Voici un mot tout en rondeurs, qui remplit bien la bouche quand on le prononce. Mais d’où vient-il ? C’est en fait un mot d’origine turque. Il désigne un aliments-clé de la nourriture pour les habitants du pourtour de la Méditerranée : le blé, le grain de blé, en l’occurrence de blé dur (celui qui sert aussi à faire les pâtes). On le précuit d’abord dans de l’eau puis on le fait sécher, le plus souvent sur les grandes terrasses-ensoleillées des maisons méditerranéennes. Une fois les grains ramassés, on les broie, pour obtenir une sorte de semoule plus ou moins fine. Il ne reste plus qu’à le cuisiner et il y a cent recettes possibles, à commencer par le fameux taboulé d’origine libanaise.

RIZ BASMATI :
Son nom basmati, en hindi, signifie « reine du parfum » et cela dit tout ! On comprend ainsi qu’il soit une des variétés de riz les plus appréciées parmi les 10 000 qu’on consomme dans le monde. Il est cultivé dans l’état du Penjab, près de la frontière indo-pakistanaise, sur des sols irrigués par l’eau des glaciers de l’Himalaya, cela, selon de vieux manuscrits indiens expliquerait cette saveur incomparable. Saveur qu’on développe encore en le faisant vieillir pendant une année après moisson. Blanc ou brun, il a aussi la particularité d’avoir des grains très longs, qui s’allongent encore pendant la cuisson et ne collent pas. Ce n’est donc pas un riz quiqui ou un riz golo et on comprend qu’il soit devenu en Europe le riz des bonnes tables.
SAUCE BASILIC :
On connaît tous le basilic, cette plante à l’odeur si prenante, mais son nom, comme son histoire, sont tout chargés de légendes et de croyances extraordinaires. D’abord son nom : basilic : il a presque la même racine, chose étonnante, que « basilique » et vient d’un mot bas-latin signifiant « royal ». On le surnomme d’ailleurs encore « herbe royale » parce que c’est le souverain lui-même qui le cueillait à une certaine époque Il était associé à la vie et à la mort mort chez les Grecs et les Egyptiens ; est encore sacré et dédié à Vishnou et Krishna en Inde, d’où il est originaire. Dans la Bible, on précise aussi que c’est du basilic qui poussa autour du tombeau du Christ. Arrivé d’Asie dans le bassin méditerranéen, il a été adopté par les Romains puis est entré en France au XIIe siècle pour le plus grand bonheur des cuisiniers qui en ont fait un de leurs aromates préférés. On pourrait décidément lui ériger une basilique !

SALADE COLESLAW :
Voici une salade qui nous emmène en Amérique et qui nous raconte un peu de son histoire. La recette remonte aux années 1650, dans l’état de New-York. La ville s’appelle alors… New Amsterdam, car ce sont les Hollandais qui sont installés là. Ils ont colonisé le sud de la presqu’ile de Manhattan et, sur les berges de l’Hudson, font pousser des choux, des choux, beaucoup de choux, très présents dans la cuisine hollandaise. Ils les préparent notamment en salade (kool –chou, sla = salade en néerlandais, d’où koolsla, anglicisé en coleslaw), râpés, en y ajoutant de la carotte, râpée elle aussi, des oignons, etc. avec des assaisonnements variés. Aux USA, on adore le mélange sel, sucre, mayonnaise et vinaigre ! À essayer, pour se croire dans une série américaine !

MAFÉ DE BOEUF :
Rangez vos gros pulls et vos manteaux ! Avec le mafé (ou maafé ou maffé), départ pour l’Afrique ! C’est en effet un des plats les plus célèbres de tous les pays de l’ouest africain. Le mot mafé est emprunté au bambara (maafé =sauce), une langue originaire du Mali mais qui, suivant la ligne de train Bamako-Dakar, se retrouve jusqu’au Sénégal ! C’est un plat savoureux de riz blanc accompagné d’une sauce onctueuse aux cacahuètes ou plutôt, comme on dit en Afrique, aux arachides, avec souvent de la viande (boeuf ou poulet) ou du poisson et des légumes. Chaque pays, mais aussi chaque maman africaine a, bien sûr, sa version personnelle de cette délicieuse préparation.

TZATZIKI :
Avec le « tzatziki », un mot pour narguer ses adversaires au scrabble, ce sont des images d’îles méditerranéennes qui viennent à l’esprit. Normal puisqu’il s’agit d’une recette traditionnelle grecque ; mais on trouve le même plat en Turquie d’où vient d’ailleurs le nom (cacik, qui désigne une sorte de condiment). Le tzatziki fait partie des petits plats qui composent le mezze grec et est sans doute un des plus populaires. Parfait pour les repas végétariens ou basses calories, il est composé de yaourt (de brebis ou de chèvre, dans l’idéal), de concombre (en purée ou en fines tranches), d’oignons et d’ail. On l’assaisonne généralement avec de l’huile d’olive, des herbes (menthe, fenouil) et une cuillerée de vinaigre. Le genre de plat léger et nourrissant qui permet de danser le sirtaki jusqu’au bout de la nuit !

SAUTÉ DE PORC ARRABIATA :
Avec une préparation arrabiata, c’est vrai qu’il y a de quoi faire sauter le porc ! Arrabiata, est en effet un mot italien qui « voit rouge », un mot « enragé » où on retrouve la racine « rabbia » = rage. Il qualifie aussi bien une personne énervée, furieuse ; une musique pleine d’énergie, de rythme ; qu’un plat relevé, épicé. Pour une sauce arrabiata, rien de mieux que du piment rouge, mais aussi de l’ail, du persil ou du basilic. Nul doute que le chef a su garder la mesure pour ne pas faire enrager tous ceux qui ont goûté son plat !

YASSA DE POULET :
Chercher l’origine du mot « yassa », c’est un vrai casse-tête africain. Tous les amis sénégalais sont bien d’accord sur l’origine géographique du plat, la Casamance, une région du sud du pays. Leurs avis divergent en revanche sur la signification du mot. Pour beaucoup, il désigne la préparation de citrons verts, d’oignons, de vinaigre et d’huile d’arachide dans laquelle on met le poulet à mariner, puis à mijoter. Pour d’autres, c’est la façon de cuire le poulet : il doit être impérativement grillé (au feu de bois ou au four) ou, à défaut, doré à la poêle ou à la cocotte, avant d’être cuit lentement dans le reste de marinade. C’est plutôt confirmé par certains linguistes qui font du mot yassa, un mot créole, venant du portugais asar (= griller), la Guinée Bissau, toute proche, parlant portugais. En tout cas, personne ne songe à discuter quand on dit « Yassa à manger et rien d’autre ! ».

MACÉDOINE :
Comment ce mélange familier de légumes (ou de fruits) coupés en dés a-t-il pu prendre le nom d’une région de Grèce, la Macédoine ? Certains avancent que c’est par analogie visuelle avec les cartes représentant cette contrée, où le mélange des couleurs évoquait les différents peuples qui l’habitaient. D’autres y voient une référence à l’empire macédonien du grand conquérant Alexandre, agrégeant de multiples pays. Mais pourquoi dans les Balkans, le plat s’appelle-t-il salade française ? Et pourquoi les Italiens et les Espagnols, mais aussi les Serbes et les Bulgares, l’appellent-ils, eux, salade russe ! A chaud, il est plutôt difficile de répondre, d’autant que, chacun le sait, la macédoine, comme la vengeance, est plutôt un plat qui se mange froid !

L’EMMENTAL a de beaux yeux :
A force de le manger râpé, on a fini par oublier que l’emmental est le poids lourd, le sumo des fromages, le plus gros : une meule peut facilement peser jusqu’à 100 kilos et il faut plus de 1000 litres de lait pour la fabriquer ! Il est originaire de la vallée de l’Emme, (Emme + tal, vallée en allemand), à l’est de Berne, en Suisse. Maintenant fabriqué un peu partout en Europe, notamment en Bretagne, il garde toujours ses gros trous qui ne doivent rien à l’action de l’homme ou… des petites souris. Leur secret a été découvert récemment : dans la chaleur des caves de fermentation, (20 à 25 degrés), de petites bactéries fermentent sur les minuscules particules de foin présentes dans le lait, en produisant des gaz à l’origine des trous, ces beaux « yeux », comme les appellent les fromagers !

HOKI le poisson bleu :
Dans les légendes, il y a des oiseaux bleus et dans le fond de la mer, au sud de l’océan Pacifique, il y a… un grand poisson bleu, appelé d’ailleurs « grenadier bleu » en français. Sa couleur est si remarquable que toutes les langues insistent sur elle dans le nom qu’elles lui donnent : il est blue quelque chose en anglais, blauer… en allemand, azzuro… en italien, azul… en espagnol. On en mange beaucoup, beaucoup dans le monde car il est abondant, a un goût agréable et, chance pour les enfants, comporte très peu d’arêtes. C’est un poisson costaud qui peut mesurer jusqu’à un mètre de long. Pas étonnant qu’on le pêche surtout au large de la Nouvelle-Zélande, le pays des hommes forts du rugby mondial, et que son nom d’origine, comme le haka des All Blacks, soit aussi un mot maori, hoki.

Les YAOURTS de Danon :
Il en a mis du temps, le yaourt, pour arriver sur les tables françaises ! Né en Turquie (yogourt signifie « caillé » en turc), il gagne le Moyen-Orient au XIe siècle et les Balkans. En France, il fait une brève apparition au XVIe siècle : François 1er, souffrant, est soigné avec des yaourts préparés par un médecin venu de Turquie… qui repart avec son « secret ». Il faut attendre plus de 400 ans et les travaux de l’Institut Pasteur sur les micro-organismes pour voir des industriels s’intéresser à sa fabrication. Parmi eux, Isaac Carasso, venu de Grèce, installe ses ateliers à Barcelone et vend sa production… dans les pharmacies. Le nom du produit ?… « Danone », inspiré du diminutif « Danon », donné par le père à son fils Daniel. Ce dernier s’installe en France et crée en 1929 la société Danone. Chacun connaît la suite de cette saga familiale… avec la fameuse petite dernière pour laquelle on devait tous se lever !

Le TAPIOCA en général :
Le mot « tapioca » a un petit air de samba, fait penser à Rio et à ses habitants, les cariocas. Normal, c’est un mot qui vient du Brésil, et la langue portugaise parlée là-bas l’a emprunté aux tribus amérindiennes des Tupi et des Guarani. Obtenu à partir de la racine du manioc amer, le tapioca se présente en farine, en flocons ou en petites billes blanches, joliment appelées chez nous « perles du Japon ». Il est très présent en Asie, en Afrique, mais surtout en Amérique du sud, d’où le fait venir la société… Tipiak. Ajouté à un plat, il donne une agréable impression de velouté, d’onctueux, de crémeux. C’est ce que devrait manger plus souvent le vilain dictateur brutal et colérique mis en scène par Hergé, dans son dernier album, Tintin et les Picaros, sous le nom du général Tapioca. Lui, à part taper du pied…!

QUENELLES et querelles :
Qui aurait pensé que les quenelles, ces petits délices de la cuisine française, à base de poisson, de viande ou de foie finement hachés, mélangés à une pâte de farine puis pochés, provoqueraient autant d’affrontements. Premier point de conflit : leur origine. Les Lyonnais voudraient absolument qu’elles soient nées dans leur ville, préparées avec la chair des brochets pêchés dans les environs. Les Lorrains disent qu’elles sont passées … par la Lorraine et les Alsaciens revendiquent leur rattachement à leur région. L’origine du mot (Knödel, boulette de pâte, en allemand) pourrait d’ailleurs leur donner raison. Mais les disputes sont autrement plus âpres quand on aborde la question de la forme : boulettes, petits cylindres… Les puristes exigent le façonnage avec deux cuillers à soupe qui donne aux quenelles cette élégante forme allongée aux bouts pointus. Mais faire une quenelle mérite-t-il qu’on se querelle ?

Un PAMPLEMOUSSE, oui, mais un citrus paradisi ou un citrus maxima ? :
Même si le latin des botanistes nous échappe, on devine qu’il y a entre les deux espèces de citrus une grosse différence, une différence de poids. Gagné ! Le citrus maxima peut en effet peser de 500 g à… 8 kg ! Inutile de dire que cela en fait le plus gros des agrumes. D’ailleurs tout est gros chez lui puisqu’il peut mesurer jusqu’à 30 cm de diamètre, avec une écorce très épaisse. Eh bien, c’est lui le « vrai » pamplemousse (du néerlandais pompelmoes, pompel « gros » et limoes « citron »), un « pample-maousse » en quelque sorte, acide et manquant terriblement de jus ! Son nom a servi par erreur pour désigner l’autre citrus, le citrus paradisi, né aux Etats-Unis par croisement du pamplemoussier avec l’oranger. Son nom anglais pomelo, francisé en pomélo, commence à apparaître sur les étalages. Juteux, sucré, c’est vraiment un fruit « paradisi », du paradis, et pas un fruit défendu cette fois, bien au contraire !

GORGONZOLA, un beau bleu :
« Gorgonzola », en voilà un qui ne peut pas cacher ses origines italiennes, tout comme notre grand romancier Zola, l’auteur de Germinal. Si le papa du célèbre écrivain était né à Venise, le gorgonzola, lui, est né à… Gorgonzola, petite ville de l’Italie du nord, près de Milan. On avait l’habitude, il y a très longtemps, d’y regrouper, périodiquement tous les troupeaux de vaches de la région. Finis ces grands rassemblements aujourd’hui, mais à partir du lait récolté on continue de produire un beau fromage bleu, enfin plutôt couleur crème avec de beaux dessins bleus à l’intérieur. Bleus comme les maillots de la squadra azzura, l’équipe de football d’Italie ! Pas besoin d’être supporter, toutefois, pour savourer le gorgonzola ! Fondu dans un risotto ou accompagné de polenta… mamma mia !

BROCOLI, le petit chou de la reine :
Il a l’air d’être sorti d’un conte pour enfants, le brocoli. Avec sa tige se terminant en petits bouquets, on dirait un arbre miniature dans le jardin des 7 nains. C’est d’ailleurs cette forme qui lui a donné son nom, puisque le mot italien brocoli viendrait d’un terme latin signifiant « branche ». Les Romains ont en effet été les premiers à cultiver ce chou sauvage, qu’ils appréciaient beaucoup, et que les immigrants italiens des années 30 ont popularisé aux États-Unis. En France, avant de disparaître jusqu’aux années 1980, le légume fait une entrée… royale au 16e siècle, grâce à Catherine de Médicis, l’épouse italienne d’Henri II. Que ne doit-on à la reine Catherine ? Venue avec ses cuisiniers, elle a, en plus de son chou préféré, son chouchou, introduit aussi l’artichaut, les confitures, le nougat, etc., ainsi que l’usage de la fourchette… à deux dents, en attendant plus !

EDAM le rouge :
L’edam, comme beaucoup de fromages, porte le nom de la ville où il est né, Edam, un petit port au nord d’Amsterdam Dans la famille des fromages hollandais, c’est le frère du gouda, son petit frère puisqu’il pèse moitié moins. Au lieu de se présenter comme la grosse roue du gouda, il se met en boule. Une boule toute rouge, de la taille d’un boulet de canon. Les ennemis prétendaient d’ailleurs que les marins hollandais les utilisaient quand ils avaient épuisé leurs boulets de fonte. C’est vrai qu’on en transportait beaucoup sur les navires : protégés par leur croûte rouge, ils supportaient très bien les grands voyages. Leur succès en France au 17e siècle mit Colbert, le ministre des finances de l’époque,… en boule. Il se fâcha tout rouge et ordonna, pour faire des économies, qu’on fabriquerait de l’edam, en France !

Bonbon, CARAMEL ! :
On connaît bien le caramel dans tous ses états, mou, dur, en bonbons, en crème, en coulis, etc., mais moins l’origine de son nom. Certains pensent au latin. D’autres le relient plutôt aux Mille et une nuits. Il est vrai que ce sont les Arabes qui, après avoir découvert la canne à sucre en Perse au 7e siècle, ont travaillé à améliorer la fabrication du sucre. Ayant obtenu un liquide brun, collant, ils l’auraient appelé khurat al milh, devenu caramelo en portugais et en espagnol. Pour que les secrets du sucre et du caramel arrivent en Europe, il faudra attendre le retour des croisades au moyen âge. Si l’occident a ainsi pris goût aux sucreries, il fut moins chaud, si on peut dire, pour « l’épilation à l’orientale », au caramel ! Mieux vaut, en effet, se régaler de caram-el en bar-re !

COUSCOUS sans frontières :
Le couscous figure parmi les plats préférés des Français. Sa présentation nous est familière, mais citer toutes les manières de le préparer amènerait vite à pédaler dans la semoule. Cette fameuse semoule de blé qui, aspergée d’eau salée puis roulée, constitue la graine et porte le même nom que le plat lui-même : « couscous ». C’est en Afrique du Nord, dès le 9e siècle, qu’on semble avoir inventé cette semoule de blé dur. Et le nom arabe kuskus vient directement d’un mot berbère désignant le blé bien modelé : seksu ou kseksu selon les prononciations. Même si le couscous est quasiment un plat national dans le Maghreb, au Maroc en particulier, il a conquis beaucoup d’autres pays et Rabelais, dès le 16e siècle, disait s’être régalé d’un « coscoton » en Provence. Pas besoin d’aller si loin puisqu’il y en a dans les menus de l’EPARC !

L’EPINARD, pour se mettre au vert :
Malgré ses qualités nutritives, l’épinard a un nom peu flatteur, comme les autres mots en –ard : chauffard, fêtard, etc. On aurait dû lui garder son appellation chinoise, « herbe de Perse », qui a de l’allure et renseigne sur son origine. Il vient en effet probablement d’Iran et son nom arabe-persan isfinādja a donné épinard. Il était peu estimé en France, jusqu’à l’arrivée de la cuisine italienne au 16e siècle qui lui fait une belle place. On en garde trace dans nos plats cuisinés dits « à la florentine ». Sa forte teneur en fer, popularisée par le personnage de BD américaine Popeye, serait une légende. Une erreur de virgule dans des résultats d’analyse aurait multiplié les chiffres par 10 ! Au jeu du portrait chinois, si Épinard était un animal, ce pourrait être une souris… verte, mais non, un auteur du moyen-âge a fait un choix plus « piquant » en baptisant ainsi… un hérisson !

Ceux-ci sont ses SAUCISSONS :
Comme la baguette, le camembert et la bouteille de vin rouge, le saucisson fait partie de la panoplie gourmande des Français. On prétend d’ailleurs que les Gaulois l’auraient inventé, même s’il est plus probable que ce soient les Romains, qui maîtrisaient parfaitement les techniques de salaison, salsus signifiant salé en latin. Les historiens de la nourriture, eux, le font prudemment naître à l’époque… gallo-romaine. C’est au 16e siècle, chez les géants de Rabelais, qu’apparaît le mot français saulcisson, directement emprunté à l’italien salsiccione, grosse saucisse. Le saucisson peut effectivement avoir quelques rondeurs comme la mortadelle et ses 20 cm de diamètre ou rester mince comme le doigt. Et s’il est désagréable d’être saucissonné dans ses vêtements, quel plaisir de saucissonner au grand air !

l’ESDRAGON :
L’estragon chasse le hoquet et fait l’haleine fraîche, dit-on aujourd’hui, mais on lui accordait autrefois de plus grandes vertus. Ainsi, quand un légionnaire romain se faisait piquer par une vilaine vipère, il ne sortait pas un sérum anti-poison de sa trousse de secours. Il cherchait plutôt une belle touffe d’estragon. Les Anciens pensaient en effet que la plante guérissait les morsures d’animaux venimeux comme les serpents ou… les dragons, tout cela parce que ses racines… serpentent comme des reptiles. D’où son nom : targon en latin, de l’arabe tarkhoum = le petit dragon. « Petit dragon » ? il ne pouvait pas être né ailleurs que dans les steppes de Sibérie ou… de Chine. Les Chinois l’utilisent d’ailleurs encore beaucoup et, chez nous, dans une sauce, son petit goût anisé est « extra-bon ».

Auteur : Jean-Luc Jaunet